YENTL de Isaac Bashevis Singer

La biographie d'Isaac Bashevis Singer a été rédigée à l'aide de la biographie de Florence Noiville : Isaac B Singer,éditions Stock, 2003


Yentl (1962)

Isaac Bashevis Singer

Singer est souvent vu comme un conteur facétieux, un lutin amusant, le « Chagall » de la littérature juive. Il est cela mais bien plus encore. Il est un conteur en rupture, rupture face à la tradition juive orthodoxe. Ses livres sont aussi un formidable témoignage sur la vie juive d’avant la Shoah. Ses livres ont été énormément critiqués par son lectorat juif et par les intellectuels juifs. Singer est surtout lu et aimé dans les milieux non juifs.

Biographie de Singer

Isaac Bashevis singer est né le 14 juillet 1904 ; bien qu’il soit impossible de vérifier la date exacte car toutes les archives juives ont été détruites pendant la guerre. Singer aurait peut-être inventé la date et après tout quoi d’étonnant pour un romancier de commencer sa vie par un mensonge ? Le père de Singer vient d’une famille de « hassid ». L’un des ancêtres de Singer a même été disciple du Ball Shem tov. Le hassidisme est un mouvement de renouveau religieux fondé au 18 e siècle en Europe de l’est. Les hassidiques insistent sur la communion joyeuse avec Dieu, en particulier par le chant et la danse. Les hassidiques sont des juifs orthodoxes qui refusent le monde moderne. Singer dira de son père « A part le talmud et les questions éternelles rien ne l’intéressait ». Sa mère est plus brillante que le père. Le couple, Singer le dira, est mal assorti, la mère est grande, mince, plate, osseuse comme l’est Yentl (lien évident). Le père est petit et rond. La mère de Singer a appris à lire l’hébreu toute seule, c’est une femme de tête. Singer dira qu’elle « aurait dû être rabbin à la place de son mari ». Singer décrira la maison familiale comme une « forteresse de la pureté juive ». Les parents selon les rites hassidiques traquent le moindre signe de luxe. Les images, les tapis, les tableaux, tout est interdit selon les rites juifs orthodoxes. Le père de Singer tient un beth Din (tribunal religieux) et fait ainsi vivre (modestement) sa famille

Singer, dès l’enfance, mettait l’oreille à la porte du bureau de son père et se passionnait pour les histoires des gens. Le père de Singer (Au tribunal de mon père est inspiré par l’enfance de Singer) y arbitrait les litiges, célébrait les mariages ou les divorces…..

Le père de Singer ne connaissait que le yiddish, il ne connaissait ni le polonais ni le russe que Singer parlera couramment. Singer ne manifestera jamais d’admiration pour son père.

Singer admirera, par contre, toujours sa mère. Ce n’est pas par hasard qu’il prendra comme nom de plume « Bashevis », le prénom de sa mère était » Basheve. « La mère de Singer souffre beaucoup de n’être qu’une « femme au foyer » et elle devient bientôt neurasthénique. Isaac est le troisième enfant, il a un frère ainé Israël Joshua et une sœur ainée, Hindele. Joshua deviendra un écrivain célèbre et Hindele fera des travaux de traduction. Isaac a un plus jeune frère, qui, suivra les traces du père en devenant rabbin. En 1908, la famille de Singer déménage à Varsovie dans la rue Krochmalna. C’est une rue que Singer immortalisera danse ses récits. Dans toute son œuvre et c’est essentiel pour la comprendre, Singer reviendra rue Krochmalna. L’année du prix Nobel en 1978, il dira « je retourne toujours au numéro 10 de la rue Krochmalna. Je me rappelle encore chaque recoin, chaque personnage. Je me dis qu’il y a des gens qui creusent pour trouver l’or que Dieu a créé il y a des millions d’années. Moi, ma mine littéraire c’est cette rue » Chez les Singer, il y a une atmosphère particulière, Singer dira plus tard « A la maison on parlait tout le temps d’esprits des morts qui prennent possession des corps vivants, d’âmes qui se réincarnent dans des animaux, de maisons habitées par des lutins, de caves hantées par des démons » Joshua, le frère ainé d’Isaac, va se rebeller contre les croyances du père. Il lit des livres « hérétiques Il sort, fréquente des jeunes filles, va au théâtre et au cinéma. Joshua a 11 ans de plus qu’Isaac, il va devenir son « modèle », son « mentor ». Grâce à son frère, Isaac va découvrir la physique et l’astronomie. Il va lire la kabbale alors que son père le trouve trop jeune. IL se passionne aussi pour les aventures de Sherlock Holmes de Conan Doyle et surtout grâce à son frère il lit Crime et châtiment à l’âge de 12 ans. Il dira plus tard qu’il n’y a pas compris grand-chose mais il est émerveillé. Toute sa vie il admirera les grands auteurs russes, ses maitres en littérature. La première guerre mondiale et son lot d’atrocités vont plonger Isaac dans le doute face à ce Dieu vénéré par son père. Il se lance dans un vaste programme de lectures avec l’aide de son frère, il veut à travers la littérature et la philosophie trouver « l’explication de la souffrance des gens et de la formation du monde ». Cette question de comprendre la souffrance des hommes le hantera toute sa vie.

La famine et les épidémies sont telles à Varsovie, que la mère de Singer décide de partir dans sa famille à Bilgoray.

La sœur de Singer Hinde Esther vient de se marier et reste à Varsovie. Elle ne sera jamais une simple » femme « au foyer et se fera connaitre par ses travaux de traductrice, mais sa vie privée ne la rendra pas heureuse, elle souffre de troubles anxieux importants. Israel Joshua, qui est marié et a un fils, s’est fait un nom dans les milieux littéraires polonais. Il fait partie de l’avant-garde littéraire, une de ses pièces de théâtre est même jouée dans un théâtre yiddish à New York. Isaac commence à vivre modestement de traductions en yiddish : Zweig, Remarque et aussi des livres érotiques. Il écrit des petits articles pour des journaux mais rien d’important, il reste le petit frère d’Israël Joshua qui lui est considéré comme un véritable écrivain. Dès les années 20, Singer multiplie les aventures féminines. Il se servira de ses expériences dans Le Certificat et dans Un jeune homme à la recherche de l’amour. Mais Singer vit chichement et n’arrive pas à percer, il a souvent faim. La situation politique de l’Europe et l’arrivée du nazisme le désespère si bien qu’il traverse une profonde dépression et songe au suicide. En 1929, il a une liaison avec une femme, Runya, issue d’une famille de rabbins, mais émancipée et communiste. Elle lui donnera son unique enfant, Israël. IL ne s’occupera jamais de son fils qui vivra en Russie puis en Israël. Plus tard son fils participera à des traductions de livres de son père. En 1933, face à la folie nazie, Joshua accepte la proposition qui lui est faite de rejoindre New York avec sa femme et son fils. Joshua est connu en tant qu’écrivain car il a écrit les frères Askenazi, livre qui est en tête des ventes. Runya, la mère de son fils, propose à Isaac de partir avec eux en URSS mais Singer est persuadé que là-bas aussi c’est l’enfer. Singer déteste et détestera toute sa vie, les idéologies en « isme » comme le communisme. En 1935, Isaac rejoint finalement son frère aux Etats Unis, ils ont compris tous deux que c’est l’enfer qui attend les juifs d’Europe. Isaac laisse derrière lui sa famille (son père est décédé), il a l’intuition (et il ne se trompe pas) qu’il ne reverra jamais la Pologne.

A New York, en 1935, il y a 3 millions et demi de locuteurs yiddish. L’arrivée est pourtant rude pour Isaac. Son frère le prend sous son aile et l’aide à travailler dans un journal écrit en yiddish « le Forward «  Malgré cela, il est toujours très mélancolique. C’est alors qu’Isaac rencontre une jeune femme juive allemande, Alma. Alma vient d’une famille aisée totalement assimilée. Elle parle l’anglais couramment est cultivée et ne parle pas un mot de yiddish. Elle est mariée et a deux enfants. Pourtant elle tombe amoureuse de lui et divorce (et laisse la garde des enfants à son mari) pour pouvoir l’épouser. Isaac se marie et est engagé comme rédacteur permanent au Forward pourtant malgré des revenus et une existence stable il n’arrive pas à écrire. En 1943, il est anéanti quand il apprend le sort des juifs en Pologne. Sa culture et son peuple ont été détruits En 1944 son frère ainé, son modèle, Joshua, est terrassé par une crise cardiaque. Et ce malheur va libérer Singer qui dès lors va trouver de l’inspiration et écrire nouvelles et romabs. A 40 ans, c’est un nouveau cycle qui commence pour Isaac ; il écrit la famille Moskat et choisit de l’écrire en yiddish alors qu’il maitrise parfaitement l’anglais.

Il dira : « Les fantômes aiment le yiddish et, pour autant que je sache, il le parlent tous. Je ne crois pas seulement aux démons et aux autres esprits, mais aussi à la résurrection. Je suis sûr qu'un jour des millions de cadavres parlant yiddish se lèveront de leurs tombes, et la première question qu'ils poseront, ce sera : "quel est le dernier livre publié en yiddish ?"

Singer veut aussi, après la Shoah, écrire une œuvre témoin sur un peuple assassiné, il dira ce qu’Homère éprouvait à propos de Troie moi je l’éprouvais à propos de Varsovie. Il l’a dit maintes fois : il n’y a pas d’écrivain sans racines. En 1953, Saul Bellow traduit Gimpel le naïf en anglais. La nouvelle est un triomphe et fait connaitre Singer du grand public américain. Dès lors Singer est lancé, quelques années plus tard, c’est lui qui supervise les traductions de ses œuvres. Il fait une différence entre ses textes écrits en yiddish avec des allusions à la Pologne d’avant-guerre et ses textes écrits pour les lecteurs américains. Il enlève beaucoup de références au monde juif dans ses livres destinés au public américain pour que le public comprenne bien ses livres. Singer a ainsi une œuvre « bicéphale ». A partir de 1950, Singer a un rythme de vie qu’il gardera jusqu’à la fin de sa vie : il ne sort presque plus de son appartement à NY…Il écrit sur des cahiers d’écolier dès 7 h du matin et sort se promener pour nourrir les pigeons. Singer n’est pas du tout un adepte du Nouveau roman, ses nouvelles, ses contes, ses romans doivent avoir une intrigue claire et des personnages. Pour lui la littérature doit être avant tout divertissante. Il dira « la littérature ne peut rien pour le monde, elle ne même pas le rendre pire »

Jusqu’à la fin des années 50, Singer gagnera mal sa vie. Sa femme devra travailler chez un encadreur pendant plusieurs années

Singer connait le succès en Suède, en Allemagne, en Italie. Elizabeth Shub , l’une de ses traductrices le convainc d’écrire des contes pour enfants. Ce sera Zlateh la chèvre ou les contes des 3 souhaits. Singer adore écrire pour les enfants surtout parce « les enfants sont les meilleurs juges, ils se moquent des critiques et de la psychologie ». A 60 ans, Singer est enfin heureux. Le 5 octobre 1978, il obtient le prix Nobel de littérature.

Il est le premier écrivain de langue yiddish à obtenir le Nobel. A la Sorbonne un hommage lui est rendu, hommage présidé par Jean D’Ormesson. Singer donne des conférences,  fait des lectures sur son œuvre un peu partout aux US. A 80 ans, il est une sorte de mythe vivant.

En 1984, les médecins diagnostiquent qu’il souffre de la maladie d’Alzheimer. Il perd peu à peu la mémoire, un comble pour lui car toute son œuvre est basée sur la mémoire, il arrête d’écrire. En 1986, sa femme l’emmené vivre en Floride pour la douceur du climat. . Il fait plusieurs hémorragies cérébrales puis on lui diagnostique un cancer du côlon. Il meurt en juillet 1991 en Floride

Yentl, the yeshiva boy, est une nouvelle publiée en 1962. Edition étudiée : édition Stock Elle met en scène une jeune femme, Yentl, qui a étudié le talmud, en cachette avec son père, un hassid. Elle vit en Pologne au début du XX siècle, monde dans lequel Singer a grandi. Yentl est d’emblée présentée comme différente car elle a le physique d’un homme et « l’âme d’un homme « page 10. Elle dit elle-même (page 36) qu’elle n’est « ni homme ni femme » A la mort de son père, Yentl refuse de se marier et d’avoir le sort réservé aux femmes à l’époque. Elle va couper ses nattes, s’habiller comme un homme et prendre le nom d’un oncle décédé, ’Anshel. Ainsi déguisée, elle part étudier dans une Yeshiva (école talmudique) à Bechev et tombe amoureuse d’un jeune homme Avigdor, fiancé à une autre jeune fille, Hadass. Mais les fiançailles entre Avigdor et Hadass ont été rompues pour une raison que le lecteur connaitra plus tard. Avigdor considère Anshel (Yentl) comme son meilleur ami et va le pousser à se fiancer avec Hadass. Tandis qu’Avigdor va épouser une veuve, laide et méchante car il lui « faut absolument « une femme », Anshel (Yentl) va épouser la jolie Hadass et tromper Hadass et la communauté juive. Il y a quatre personnages dans la nouvelle : Yentl, Avigodor, Hadass et Peshe. Comme toujours chez Singer, la sexualité est abordée franchement. Avigdor finit par épouser Peshe en disant qu’il aurait pu « épouser une chèvre « tant il est tourmenté par le désir. La trahison est permanente dans la nouvelle Yentl. Yentl trahit la communauté juive en se faisant passer pour un homme mais elle trahit aussi Dieu. « Yentl comprenait maintenant que la Torah interdit de porter des vêtements de l’autre sexe. En agissant de la sorte, on ne trompait pas seulement les autres, mais soi-même »page 29 On parle souvent du diable dans la nouvelle : « A plusieurs reprises, Anshel fut près de fuir Bechev pendant qu’il en était temps encore et de mettre fin à cette farce inouïe qu’on aurait plus facilement attribuée à un diablotin qu’à à un être humain «  page 28 Hadass est amoureuse d’Anshel (Yentl). . Anshel (Yentl) va profiter d’un voyage pour montrer à Avigdor qu’elle est une femme. Avigdor est en fait aussi tombé amoureux de Yentl, il pense qu’il aurait pu l’épouser (page 36) mais Yentl refuse cette idée. «  Un grand amour pour Anshel s’éveillait en Avigdor, mêlé de honte, de remords et d’angoisse » page 38 Yentl est une nouvelle dans laquelle les personnages sont animés par une passion dévorante, passion de Yentl pour les livres, passion d’Avigdor pour Hadass puis passion d’Avigdor pour Yentl….L’œuvre de Singer parle toujours de la passion. Singer disait que « même si un être humain est stupide, il est riche en émotions. « Trio amoureux : Yentl, Avigdor, Hadass…. Yentl se termine de façon « triste » : Yentl part et les mariés ne sont pas heureux car Avigdor aimait Yentl et Hadass l’aimait aussi. Nouvelle de l’incertitude comme toute l’œuvre de Singer. Nouvelle qui parle aussi de la place réservée aux femmes dans le judaïsme. Yentl est la femme dont rêvait Avigdor , une femme « dont l’esprit n’aurait pas été enlisé dans de sordides préoccupations matérielles » page 38.

Yentl est un film musical de et avec / Barbra Streisand sorti en 1983. Barbra Streisand a reçu le golden globe du meilleur film de comédie musicale et aussi du pire acteur des Razzie Awards.

Singer n’a pas aimé le film qu’il a trouvé trop éloigné de la nouvelle.

Barbra Streisand a passé plusieurs années à travailler sur ce projet c’est son premier film en tant que réalisatrice. Elle avait 41 ans quand le film est sorti on le lui a reproché car dans l’histoire Yentl est une toute jeune fille de moins de 20 ans. Le film est moins « progressiste » que le livre, Yentl est beaucoup plus éprise d’Avigdor dans le film que dans le livre. Dans le livre Yentl refuse d’épouser Avigdor. Dans le film, il manque le personnage de la veuve Peshe et on a deux mariages celui de Yentl(Anshel)/ Hadass et celui qu’on ne voit pas de Hadass/ Avigdor. Le garçon qui nait de ce mariage (nommé Anshel) n’apparait pas dans le film . Dans le livre, Avigdor est désespéré d’avoir perdu Yentl ce qui n’est pas le cas dans le film. Fin différente entre le livre et le film. Dans le film, Yentl part (probablement en Israel ?) et Hadass et Avigdor sont heureux….dans le livre Hadass et Avigdor sont malheureux car tous deux sont amoureux de Yentl.

                                                     Isabelle Hazan Vollant

Programme 2015-2016

Villiers sur Orge: le 15 Juin 2015 Chers amis ,

Voici la liste des ouvrages proposés pour l’année 2015 -2016 :

Le 13 Octobre 2015 Daniel Keyes Des fleurs pour Algernon Poche/J'ai lu Le 10 Novembre Robert Van Gulik Les enquêtes du juge Ti- Poche Trafic d'or sous les Tang Le 8 Décembre Isaac Bashevis Singer Yentl et autres nouvelles Editions Stock Prix Nobel de littérature 1978 bibliothèque cosmopolite Le 5 Janvier 2016 avec la galette des rois: Miguel De Cervantes Don Quichotte Tome 1 Livre de poche 31419 « le curieux mal avisé » William Shakespeare Le conte d'hiver Editions de Minuit

Le 9 Février Erich Maria Remarque A l'ouest rien de nouveau Poche/lgf Le 15 Mars Joseph Conrad Lord Jim Poche/lgf Le 5 Avril

Benjamin Constant	                   Adolphe			Poche/librio

Le 10 Mai Patrick Modiano L'herbe des nuits Folio 5775 Prix Nobel de littérature 2014 Jean d'Ormesson Comme un chant d'espérance Editions Héloïse d'Ormesson de l'Académie Française Poche/Gallimard Nov. 2015 Le 7 Juin Alessandro Borrico Soie Poche/Gallimard « Un livre est une fenêtre par laquelle on s'évade. »

                                                                     Julien Green

Le comité de lecture Nos réunions-débats se déroulent à partir de 20h30, les mardis indiqués ci- dessus, à la salle Suzanne Simon, au centre de Villiers, en face de la boulangerie.

Blog internet: www.lire-ensemble.fr

Association loi de 1901 Siège social: Hôtel de ville, 6 rue Jean Jaurès, 91700 VILLIERS SUR ORGE

La statue de sel (1953) Albert MEMMI

La statue de sel, 1953

Albert Memmi

Memmi est qualifié par beaucoup d’auteurs du Maghreb comme le plus grand écrivain tunisien de langue française. L’œuvre de Memmi a été traduite dans une vingtaine de pays, il a obtenu de nombreux prix littéraires dont celui de l’Académie française et le Grand Prix littéraire du Maghreb. On lui doit les concepts d’héterophobie et de judeite. Ses définitions du racisme et de la décolonisation ont été adoptées par l’encyclopedie universalis.

La statue de sel est un livre clef, fondateur pour les juifs sépharades. Petit historique sur les juifs de Tunisie

Il est difficile de dater précisément les origines de la présence juive en Afrique du nord. Selon certains historiens ce seraient des juifs qui auraient quitté la Palestine après la destruction du premier temple par Nabuchodonosor en 587 avant JC. Certains berbères se seraient convertis au judaïsme ce qui explique la présence de juifs berbères. (La mère du narrateur est une juive berbère) Les chrétiens et les juifs se voient imposés par les musulmans le statut de « dhimmis ». Ils sont des citoyens de seconde zone car ils n’ont pas accepté la révélation de Mahomet. Citons quelques interdictions pour les dhimmis : ils ne peuvent pas se marier avec un musulman ou une musulmane, ils payent des imports spécifiques, ne peuvent accéder aux fonctions politiques. Les communautés juives sont souvent très pauvres et vivent repliées sur elles-mêmes. Au XV e siècle, arrivée des juifs d’Espagne chassés par les rois catholiques. Conflit entre les touensas (juifs autochtones) et les granas (juifs d’Espagne). Les granas forment une sorte d’aristocratie. Les deux parents de Memmi sont sans doute des juifs autochtones. Après la conquête de l’Algérie en 1830, la France cherche une implantation en Tunisie. Le 18 mai 1881, Saddok Bey, le bey de l’époque signe le traité de l’établissement du protectorat : c’est le traité du bardo. La France par le décret Crémieux a naturalisé les juifs algériens en 1870. Avec l’arrivée des français, on vit mieux dans les ghettos notamment dans la hara de Tunis. Les juifs sont très majoritairement favorables au protectorat français. Le pouvoir français apporte aux juifs une meilleure sécurité pour les biens et les personnes. La langue française devient la langue à acquérir, celle de l’ascension sociale. Les parents qui sont passés par l’école française ne transmettent plus le judéo arabe à leurs enfants. Judéo arabe : langue du quotidien, moins complexe que l’arabe littéraire, arabe mêlé de termes hébreux et aussi italiens. Les écoles traditionnelles, talmud torah et yeshivot pour les garçons sont abandonnées par les juifs de Tunisie au profit des écoles de l’Alliance Israelite universelle (crée en 1878 à Tunis). Les Ecoles de l’Alliance font du français la langue de l’enseignement. Naissance d’une littérature juive de langue française. Les écrivains sont majoritairement des enseignants ou des élèves de l’école de l’alliance israélite universelle.

Brève biographie de l’auteur

Albert Memmi est né en 1920 dans le ghetto ou quartier juif de Tunis : la hara. Son père est bourrelier, sa mère est analphabète. Il est le second, et le premier garçon d’une famille de 13 enfants. Il n’apprend le français qu’à l’âge de 7 ans. Il est formé à l’école de l’alliance israélite universelle puis grâce au système de bourse de l’école de l’alliance israélite universelle, il rentre au prestigieux lycée Carnot de Tunis. IL y a deux pères spirituels parmi ses professeurs : Aimé Patri qu’il nomme Poinsot dans le roman et Jean Amrouche, Marrou dans le roman. A l’adolescence, il devient sioniste, et milite au sein de l’Hachomer hatsair. En 1939 il a un prix d’honneur en philosophie et obtient son bac. Il abandonne sa première vocation, devenir médecin, pour choisir de faire des études de philosophie, ce qui créera un profond différend avec son père. La guerre lui rappelle son appartenance au peuple juif alors qu’il est athée depuis de nombreuses années. Par solidarité avec ses camarades juifs, il demande à aller en camp de travail (alors qu’il aurait pu ne pas y aller grâce à son statut d’intellectuel). La dureté des camps de travail le marquera. Après la guerre, il reprend ses études de philosophie et de sociologie à Alger puis à la Sorbonne A Paris, il rencontre une jeune femme catholique originaire de Lorraine et ils se marient.

Dans ce Paris, au lendemain de la guerre, Memmi est seul…il commence à écrire pour des journaux tunisiens. Sur les conseils de Jean Amrouche, il se met à écrire. Memmi et sa femme partent vivre et enseigner à Tunis. Deux enfants naissent de ce mariage. Memmi devient professeur de français et de philosophie au lycée Carnot à Tunis. Sa femme enseigne l’allemand. La Statue de sel, son premier roman est largement autobiographique. Merleau- Ponty dit qu’il s’agit du livre d’un « écorché vif ». En 1955, Memmi fait la connaissance d’Albert Camus. Camus, de par ses origines, est attentif aux auteurs du Maghreb. Camus accepte de préfacer l’édition américaine du roman. Cette préface sera reprise plus tard pour l’édition française. En 1956, Camus et Memmi s’opposent. Memmi décrit Camus comme « un colonisateur de bonne volonté ». Camus meurt en 1960 sans que les deux hommes aient renoué.

En Tunisie Memmi devient un membre du journal l’Action fondé par Bourguiba. Il milite pour l’indépendance de la Tunisie, mais il comprend très vite qu’il n’y aura plus de place pour les juifs une fois l’indépendance obtenue. Il écrit en 1957 son essai le plus célèbre Portrait du colonisé avec la préface de Sartre. Ce texte devient un ouvrage de référence majeure dans le cadre des luttes anticoloniales. Cet ouvrage, préfacé par Sartre, a un grand retentissement et rend Memmi célèbre dans le monde entier. En 1970, Memmi devient maitre de conférences à l’université de Nanterre. Il poursuit ses travaux sur la domination, le racisme et la dépendance. Il a dirigé la première anthologie des écrivains maghrébins d’expression française en 1964. IL poursuit une carrière de romancier, d’essayiste et d’universitaire. En 2004, il publie un Portrait du décolonisé quarante après le portrait du colonisé, portrait sans concession de ce que les ex colonisés ont fait de leur indépendance.

Brève étude du roman

Evidemment cite le passage ou dans la bible la femme de Loth se retournant est changée en statue de sel. L’auteur risque-t-il d’être changé en statue de sel en regardant son passé ? La statue de sel est un roman cyclique inabouti. Le livre s’ouvre et se clôt sur un chapitre intitulé l’Epreuve. Le narrateur au lieu de répondre au sujet de son examen, rédige un bilan de sa vie. Entre ses deux chapitres, la Statue de sel raconte une tranche de vie de vingt ans.20 années marquées par une succession de refus violents. « Le souvenir ordonne le passé, plus tard il m’apparut que ma vie ne fut qu’une suite de ruptures de plus en plus graves. « page 290. La statue de sel est un roman d’apprentissage. Roman en trois parties : 1 page 17 à 104 : l’enfance dans le quartier juif de Tunis 2 pages 104 à 253 : le lycée et l’essai de l’entrée dans le milieu bourgeois 3 pages 253 à la fin : le monde « L’écriture m’a sauvé » dit Memmi dans une interview, « sans elle je me serais probablement brisé ».Passage sur le pouvoir salvateur de l’écriture dans La statue de sel page 123. Au début du livre, fierté d’Albert Memmi d’appartenir à l’impasse, rue qui est à la lisière du ghetto mais pas tout à fait dans le ghetto. Fierté d’être le fils du patron même si c’est un petit artisan avec un employé. Bonheur du shabbat, topos de la littérature juive. Première rupture : il réalisé qu’il est pauvre. (il porte les vêtements des autres) Deuxième rupture : il perd son unité fondamentale, en abandonnant à l’école le judéo arabe Troisième rupture : Coupure d’avec sa famille, il découvre la culture de la petite bourgeoisie quand il entre au lycée Carnot. Le personnage principal porte en lui sa fêlure «  Toujours je me retrouverai Alexandre Mordekhai Benillouche indigène dans un pays de colonisation, africain dans un monde où domine l’Europe » passage le plus célèbre du livre. Coupure avec ses camarades de lycée qui appartiennent à la petite bourgeoisie. Autre rupture, il refuse les rites de la communauté juive de Tunis. Livre intéressant car retrace les coutumes et les croyances des juifs de Tunisie. Pour supporter toutes ces ruptures, il se met à écrire. IL se passionne pour la littérature et la philosophie, il est le seul de sa classe à bien comprendre Racine (page 128) Le héros est déchiré entre Orient et Occident. Plus tard, l’attitude de la France de Vichy le déçoit. Occupation de la Tunisie par les allemands du 9 novembre 1942 au 8 mai 1943. « J’avais refusé l’orient et l’occident me refusait écrit-il » Réception de l’œuvre Le livre va causer de vives réactions en Tunisie, il déplait à la communauté juive tunisienne. Memmi reçoit des lettres d’insultes anonymes et se demande s’il ne doit pas abandonner l’écriture. Memmi continue à écrire et va devenir plus optimiste et moins intransigeant dans son œuvre. Conclusion L’œuvre de Memmi tient une place importante en France et dans les pays du Maghreb. Ces premiers romans sont violents mais ces derniers ouvrages le Pharaon ou le nomade immobile montre que le bonheur l’a emporté.

Pour en savoir plus sur les juifs de Tunisie : Histoire des juifs de Tunisie, Paul Sebag, l’Harmattan, 1991 Les juifs de Tunisie images et texte, ouvrage collectif, biblieurope, 1997

                                                                               Isabelle Hazan Vollant

Chronique d'une mort annoncée

L'humour et l'imagination du grand écrivain colombien,prix Nobel de littérature,se débrident plus que jamais pour créer une nouvelle et géniale fiction sur les thèmes éternels de l'honneur et de la fatalité.

Le Livre de Poche n° 6409


CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE

                                                                                              Gabriel  Garcia Marquez

Si l’on s’en tient à la définition du Robert, une chronique est un recueil de faits historiques rapportés dans l’ordre de leur succession. Cela semble correspondre à ce qu’est le roman, du moins à première vue. Mais on peut se demander pourquoi une chronique alors que l’instruction étant réglée et terminée, en fait elle existe déjà ? Que veut découvrir le narrateur ? Notons que s’il veut faire une chronique, il a pour objectif de revenir sur le document légal qu’est l’instruction. Donc, il devient investigateur, et met éventuellement en question les résultats de l’instruction et les capacités du juge qui, pour diverses raisons, aurait altéré ou supprimé certaines choses : « il est évident que notre homme était dévoré par la fièvre de la littérature….. l’énigme que le sort lui avait réservée le laissait si perplexe qu’en bien des occasions il s’était abandonné à des distractions lyriques contraires à la rigueur de son métier……..Pourtant, ce qui l’avait le plus inquiété au terme de son enquête quasi excessive fut de n’avoir pu découvrir un seul indice, fût-il le moins vraisemblable, prouvant que Santiago Nasar avait réellement été l’auteur de l’outrage. » Alors , si nous sommes devant une chronique, c’est une chronique de quoi ? D’une mort annoncée ? ou de l’annonce d’une mort ? (notons d’ailleurs, qu’en espagnol muerte signifie à la fois mort et meurtre !). Le roman a souvent été comparé à une tragédie :

on sait, depuis le début que la fin sera funeste.
la tragédie implique aussi la déresponsabilisation des personnages qui sont victimes de leur destin.

On y trouve souvent, puisque la tragédie vient de l’Antiquité grecque, des présages annonciateurs que les personnages ne déchiffrent pas. Mais ici, les présages, qui sont assez nombreux, sont considérés comme bons. On peut légitimement se demander si on est en face d’une chronique, ou d’une éventuelle recherche de responsabilités ; et c’est bien ce qui semble apparaître tout au long du roman.

Justement, puisqu’on vient d’écrire le mot roman, s’agirait-il effectivement d’un roman, c’est-à-dire d’une vision, d’une interprétation des faits, donc de quelque chose qui ne peut pas apparaître dans une instruction ou une chronique? Il s’agirait donc de tout ce qui fait l’épaisseur, la personnalité, les motivations plus ou moins conscientes ou connues des personnages, la découverte des non-dits, l’interprétation personnelle de ce qui est caché etc…… Dés le départ , l’auteur nous signale que tout est classé, oublié. Pourquoi ? parce que tout le village adhère aux conclusions de l’enquête : il s’agit d’une dette d’honneur, c’est un tribunal de conscience, un homicide en légitime défense de l’honneur. C’est donc le tableau d’un village arriéré de Colombie où la loi c’est la tradition et la force brute. Ce que fait alors le narrateur, c’est passer de « la vérité particulière de l’Histoire que se propose, en principe, la chronique, à la vérité universelle de la création poétique » écrit Fernando Rodriguez Mansilla . En effet, il se propose de vérifier non qui sont les assassins réels de Santiago Nasar puisqu’on les connaît, mais comment il a été possible que se produise une mort aussi annoncée. On aboutit alors à la responsabilité collective des habitants du village : « La plupart de ceux qui auraient pu faire quelque chose pour empêcher le crime et qui se dérobèrent se consolèrent en invoquant le préjugé selon lequel les affaires d’honneur sont des cases hermétiques auxquelles ont seuls accès les maîtres du drame ». Il est d’ailleurs notable que les habitants se placent pour assister au « spectacle » : « Les gens qui rentraient du port, alertés par les cris, se mirent à investir la place pour assister au crime…….Les gens avaient envahi la place, comme les jours de défilé ». Est-ce un assassinat, une fête, un défilé ? Le juge lui-même, comme le chroniqueur, conclut à la fatalité. Pourquoi personne n’a prévenu Santiago Nasar ? parce que personne ne se sent concerné ou responsable personnellement. « La fatalité nous rend invisibles » note le juge dans la marge de l’instruction. On a donc là une vision sans concessions de ce qu’est un village colombien. Les habitants ne se posent pas de questions, ils adhèrent à la fatalité des évènements. Pourquoi ? -Parce que Santiago Nasar n’est pas aimé car il est riche et un peu « m’as-tu vu » ? -Parce qu’ils sont admiratifs devant le luxe tapageur de Bayardo San Roman ? -Parce qu’ils sont passifs devant une autorité plus ou moins corrompue, ou simplement devant tout ce qui se passe ? -Parce qu’ils ont pitié de la pauvre Angela ? Peut-être…. Pourtant, il semble évident que Santiago Nasar n’est pour rien dans la défloration de la malheureuse Angela. Jusqu’au bout, Santiago Nasar se comporte comme quelqu’un qui n’a rien à redouter. La meilleure preuve de son innocence est peut-être le fait qu’il se laisse tuer. Bayardo San Roman pose un problème, ou plutôt est un peu une énigme : Pourquoi veut-il épouser Angela ? parce qu’il est sûr qu’une fille aussi bête est vierge ? Parce qu’il veut une femme soumise ? Il arrive au village on ne sait trop comment ni pourquoi. Est-ce que parce que dans un trou pareil il peut facilement frimer ? S’enterre-t-il parce qu’il a quelque chose à cacher ? Quant à Angela, elle a été si surveillée, qu’il est difficile de croire, surtout dans un petit village, qu’elle veuille protéger quelqu’un. Alors quel est son secret ? En l’accusant, elle condamne Santiago Nasar à être tué. Alors, qu’a-t-elle voulu dissimuler, ou qui a-t-elle voulu épargner ? Nous refermons le roman sans que rien n’ait été élucidé, même si des soupçons ou des indices peuvent suggérer que …. : inceste ? (le père aveugle qui l’accompagne toujours quand elle est avec Bayardo San Roman nous évoque Œdipe !), défloration solitaire ?etc… Mais ceci, au fond importe peu. On le voit, le roman et tous les personnages suscitent de multiples interrogations. Il est intéressant maintenant de s’attacher à l’épigraphe. François Lopez dans un article publié dans le bulletin hispanique (B.Hi,T.96, 1994, n°2,p.545 à 561),insiste à juste titre sur ce point : Il s’agit de vers de Gil Vicente: « La chasse à l’amour est chasse de haut vol »(« la caza de amor es de altaneria »). L’auteur revient au poème de Gil Vicente à la page 66 : « faucon qui fraies avec grue guerrière, finie pour toi la paix d’hier ». (halcon que se atreve con garza guerrera, peligros espera »). Quel sens donner à cet épigraphe ?

La chasse à l’amour, c’est la passion, le désir violent et meurtrier .

La chasse de haut vol implique l’orgueil. Remarquons que quand on referme un livre, on revient souvent à l’épigraphe qui nous donne un éclairage sur l’œuvre et nous indique le sens qu’a voulu y donner l’auteur. Quelle relation y a-t-il donc entre cet épigraphe et l’œuvre ? Le critique uruguayen Angel Rama, le premier, a donné une explication : pour lui, l’épigraphe transpose dans cette image de la chasse, le combat amoureux de deux êtres, Angela et Bayardo, fiers, orgueilleux, qui ne font pas de quartiers dans leur lutte. Par ailleurs, on découvre que Santiago Nasar est passionné par les oiseaux de haut vol. Il est présenté lui-même comme un prédateur à qui « nulle fille du peuple quelque peu appétissante ne saurait échapper ». Il a, dit-on, une main d’épervier carnassier. Alors, serait-ce lui le chasseur de haut vol ? Possible … mais lorsqu’on lui dit que les frères Vicario l’attendent pour le tuer, l’épervier carnassier devient tout autre chose : « Je n’y comprends que dalle dit Santiago Nasar. Ce fut la seule chose qu’il réussit à dire, et il le fit en espagnol . Il avait l’air d’un oisillon trempé. » Il est donc chassé et non plus chasseur. Mais l’œuvre ne se résume pas aux amours malheureuses de Bayardo et d’Angela. Les deux vers ne sont sûrement pas là pour nous présenter seulement ces deux personnages comme des orgueilleux. Quel est donc le lien entre la mort de Santiago Nasar et la chasse d’amour qui est chasse de haut vol ? Il est évident que Santiago Nasar est présenté d’emblée comme un chasseur, mais il ne s’intéresse pas à Angela. Bayardo San Roman lui, ne chasse pas ; il obtient par l’argent ou la séduction. On peut donc penser que ni l’un ni l’autre n’ont entrepris la conquête amoureuse d’Angela par orgueil. Alors ?? Pour François Lopez, il est évident que la Chronique est l’histoire d’un amoureux chasseur mû par l’orgueil dans son projet meurtrier : Santiago Nasar n’est que le gibier de cette chasse. Les frères Vicario sont de simples instruments qui obéissent, bien contre leur gré, tout au long du roman. Le chasseur embusqué serait donc Angela, toujours méprisée par Santiago Nasar. Elle a dit une fois « je n’aimais pas les hommes hautains », or Bayardo San Roman l’a acquise comme il achète tout, et Santiago Nasar l’a toujours méprisée : « Ils appartenaient à deux mondes différents. Personne ne les avait vus ensemble, et moins encore en tête à tête. Santiago Nasar était trop fier pour prêter attention à elle ; « Ta conne de cousine » me disait-il quand il devait la nommer. » Ce n’est que 23 ans plus tard que le narrateur découvrira qu’elle a «  le jugement excellent, de l’humour, de la maturité, de l’esprit …. » (qualités qu’elle a peut-être acquises, d’ailleurs, au cours de ces 23 années). Elle avait donc de bonnes raisons de détester Santiago Nasar qui la prenait pour une idiote. En l’accusant, elle commet volontairement un crime : « Elle avait à peine hésité à prononcer le nom. Elle le chercha dans les ténèbres, elle le trouva du premier coup d’œil, parmi tous ces noms qu’on peut confondre aussi bien dans ce monde que dans l’autre, et elle le cloua au mur avec son adresse de chasseresse comme un papillon dont le destin était écrit depuis toujours.

Nous ne pouvons que souscrire au jugement de François Lopez : « Angela la bien nommée est l’ange exterminateur, la chasseresse, la grue guerrière qui aura châtié pour leur superbe les deux héros du roman : Santiago et Bayardo . Le premier aura payé de sa vie ses dédains et ses sarcasmes. Le second, trop sûr de lui, aura pu éprouver que tout ne s’achète pas, se voyant refusé ce qu’il était trop sûr d’avoir gagné ; Au vrai, Bayardo ne gagne l’estime et l’amour d’Angela qu’en la renvoyant chez elle, qu’en faisant éclater un scandale que le vrai conformisme eût à tout prix évité. Par son exigence et sa souffrance, il se place au niveau d’Angela, se met à voler à la hauteur de cette grue guerrière.

Mireille LAHARIE.

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