Alessandro Baricco - SOIE NOVECENTO

Alessandro Baricco

Ecrivain contemporain, musicologue et homme de théâtre, Alessandro Baricco, naît à Turin en 1958 Après des études de philosophie et de musique, il s’oriente vers le monde des médias en devenant rédacteur dans une agence de publicité puis journaliste pour des magazines italiens.

Il a également présenté des émissions à la télévision italienne (la RAI) sur l’art lyrique et la littérature. Pour avoir réussi le pari de rendre accessible la critique littéraire et réhabilité la culture dans les habitudes populaires il a acquis une réelle notoriété en Italie. Il s’en est désengagé à l’arrivée de Silvio Berlusconi. Ses positions sont parfois jugées iconoclastes en matière de politique culturelle. 
Alexandre Baricco est aussi metteur en scène, éditeur, enseignant. Il maîtrise parfaitement le français, ce qu’il est facile de constater si on écoute, en différé, sur Google les interviews qu’il a accordées à « France Inter »  ou à des journalistes du  « Le Monde » à l’Opéra Garnier.

En 1993  il publie un premier roman « Châteaux de la colère » (traduit en 95) pour lequel il obtient en France le prix Médicis étranger. Il écrit un ouvrage sur « l’art de la fugue » chez Rossini et un essai : « L’âme de Hegel et les vaches du Wisconsin » (1992)- traduit en 98, où il fustige l’anti-modernité de la musique atonale. En 1994, avec des amis, il fonde à Turin et dirige une école, la Scuola Holden, ainsi nommée, en hommage à un personnage de Salinger (héros de l’Attrape Cœur ») qui détestait l’école. A l’image des émissions télévisées proposées par Baricco, la Scuola Holden a pour vocation d’enseigner l’art de la narration de manière ludique. En 1996 avec « Soie » Barrico s’impose comme l’un des grands écrivains de sa génération

En 1997 et 1998 paraissent  « Novecento pianiste » et « Océan, Mer », textes empreints de poésie. Il y règne une atmosphère énigmatique et étonnante. Les phrases sont ciselées et les images saisissantes.
En 2000 Baricco orchestre la mise en scène de Novecento qui devient » la légende du Pianiste sur l’océan », film de Giuseppe Tornatore

L’un de ses derniers textes est une traduction moderne de « l’Iliade ». Il s’est alors lancé en Italie dans une lecture-marathon, répartie sur trois soirées, lecture qui a connu un énorme succès populaire. Acclamé par le public, il est bien le seul auteur à se plaindre de vendre trop de livres. Il a réussi à faire se réconcilier la culture et les médias mais cela ne l’a pas empêché de protéger sa vie personnelle. Il ne donne que très peu d’interviews, préférant conserver son énergie pour d’autres projets tels que la publication de son dernier livre « Questa Storia » par sa propre maison d’édition, les éditions Fandango. Il reste journaliste pour » la Repubblica « et «  la Stampa » Passionné et diplômé de musique il invente un style qui mélange la littérature, la déconstruction narrative et une présence musicale qui rythme le texte comme une partition. L’une de ses traductrices en français, Françoise Brun, écrit, à propos de ce style : « ce qui n’appartient qu’à lui, c’est surtout l’étonnant mariage entre la jubilation de l’écriture, la joie d’être au monde, de le chanter, et le sentiment prégnant d’une fatalité, d’un destin.»

Désireux de mêler ses textes à la musique pour les enrichir (puisqu’il les a construits dans cet esprit) il fait naître des spectacles de certains de ses textes. A sa  demande le  groupe musical français AIR a composé une musique pour son roman «City »  (1999, traduit en 2000)
Il s’en est suivi un concert public en direct où Baricco a lu ses textes. En 2000 c’est au tour de « Novecento » d’être présenté de façon similaire

En 2005 publication de « Cette histoire là » voir p 91/92,92,100, 107 Durant l’année 2008 Baricco publie en feuilleton, dans « La Repubblica » journal auquel il collabore régulièrement, un essai sur la mutation  intitulé « Les Barbares » et réalise son premier film intitulé « Lezzione 21 » puis « La légende du pianiste sur l’Océan »(Novecento) disponibles en livraphones, livres audio, cassettes audio ou disques compact. « Novecento pianiste» est le roman qui le fit connaître et le plus traduit. C’est aussi une pièce de théâtre, d’abord jouée en Italie puis en France dans une adaptation d’André Dussolier,. Il a été joué par André Dussolier mais aussi par Jean François Balmer « Novecento » est aussi un film, intitulé « La légende du pianiste sur l’océan » . Baricco a des passions affichées, mécaniques comme dans « Cette histoire-là » une passion pour les circuits automobiles mais aussi d’autres passions inavouées, passions humaines qui s’entremêlent qui s’entremêlent, par exemple dans « Monsieur Gwyn », métaphore poétique et sophistiquée, où il imagine un auteur qui se réinvente en portraitiste littéraire, mélancolique et tendre.

Sur France Inter il confie à Kathleen Evin que  Monsieur Gwyn incarne le fantasme de tout écrivain : le  désir d’écrire dans une situation de pureté absolue. Ecrire dans une solitude totale un texte destiné à une seule personne  serait  la quintessence du métier d’auteur.

Il est et reste un homme imprégné par l’histoire de sa ville de Turin, grande ville de plus d’un million 700 000 d’habitants, quatrième ville d’Italie qui a constitué avec Milan et Gênes le triangle industriel de l’Italie avec une migration interne des gens du Sud et de la Vénétie vers Turin .C’est une ville universitaire très ancienne : Erasme y a enseigné mais aussi Umberto Eco ami de la famille Baricco qui a fréquenté cette même université. Elle se classe parmi les meilleures universités d’Italie. Turin est une ville de culture et une grande ville industrielle : ancien siège de la Fiat qui fut un temps la plus grande usine automobile du monde. Ses anciens locaux, le Longotto, transformés par Renzo Piano (l’un des deux architectes de Beaubourg) accueille en mai chaque année une Foire du Livre où se pressent de prestigieux éditeurs, tout particulièrement de livres d’art. Alessandro Baricco est également sensible à l’histoire du Piémont qui est aussi celle de sa famille La France et le Piémont ont une longue histoire commune, depuis Charlemagne qui a conquis Turin en 776. Puis c’est la famille de Savoie qui a fait de Turin la capitale de la Savoie, à la place de Chambéry. Occupée à différentes reprises par les Français et après Marengo c’est Turin qui lance le processus d’unification de l’Italie. La première guerre mondiale est longuement évoquée dans « Cette histoire-là » avec la bataille de Caporetto, qui est un désastre, ( le Verdun italien au nord de l’Italie, aujourd’hui en Slovénie) suite à une offensive austro-allemande. En 2014 est publié »Monsieur Gwyn » histoire d’un écrivain anglais de 43 ans qui décide de ne plus écrire. Son histoire commence quand l’écriture s’arrête. Tous les textes de Baricco sont empreints de poésie

Toujours en 2014 Baricco révèle au quotidien « La Republica » avoir décliné une proposition de Matteo Renzi lui demandant de devenir Ministre de la Culture, déclinée parce qu’il n’était pas convaincu de posséder le talent suffisant nécessaire.

En 2015 parution de chroniques avec « Une certaine vision du monde » ; Didier Jacob, critique littéraire de « L’Obs » affirme que Baricco en tant que lecteur annonce la couleur. Il n’y aura, dans son carnet de lectures, ni « Voyage au bout de la nuit » qu’il confie avoir lu quand il avait 20 ans, ni «Anna Karénine, pas davantage de chroniques qu’il dit avoir écrites sur une période de 10 ans. Il s’agit seulement pour lui de dire pourquoi il a aimé des ouvrages aussi divers que les mémoires du tennisman André Agassi, un essai de Marc Fumaroli sur la querelle des Anciens et des Modernes ou les romans de Fred Vargas Baricco utilise une belle écriture, singulière. Rien n’égale son génie de la formule. » L’écriture est un paysage ; elle ne va nulle part. Elle est là, un point c’est tout. Lisant Zweig ou Faulkner, Baricco trouve chaque fois des mots emballants pour nous donner envie à notre tour, de faire la route avec eux. Il vit actuellement à Rome.


Alessandro Baricco

«  Soie »

« Soie »raconte les errances japonaises et amoureuses d’Hervé Joncour,  acheteur et vendeur de vers à soie. C’est un texte sensuel, délicat, aérien, comme une étoffe de soie. C’est un roman de style épuré, qui par sa brièveté fait penser à l’art des haïkus japonais.  Dès sa sortie, « Soie » se propulse au sommet des ventes de livres (plus de 200 000 exemplaires vendus)

Jon aime la brièveté du ton, son art de l’ellipse p 9 à14 puis p 15 et 16 17 18 19 21 22 23 24 2526 27 A la p29 reprise de la p 9 comme une antiennep31 et p32 ou 69 83 96/97

Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains. Entre les monts du Vivarais et le Japon, c’est le choc de deux mondes, une histoire d’amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans avoir jamais commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d’une voix, la sacralisation d’un tissu magnifique et sensuel et la lenteur des saisons et du temps immuable. « Soie » publié en Italie en 1996, en France en 1997, est devenu un roman/culte.- Succès mérité pour le plus raffiné des jeunes écrivains italiens. Il faut entrer dans l’univers de « Soie » et se laisser porter par la langue et le rythme de ce récit subtil, ainsi que par l’amour, l’espoir et le désespoir qui l’habitent. C’est une merveille de délicatesse.

« Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras jamais ». Cette belle citation résume l’atmosphère  tout en retenue de cette belle histoire. D’une écriture fluide, A. Baricco signe une romance  inassouvie et poétique. L’histoire d’un voyage au Japon, d’un  amour, d’une trahison, d’une tragédie. L’écriture est très sensuelle et musicale.

Alessandro Baricco est un conteur exceptionnel. Avec une puissance d’écriture incomparable il nous plonge dans une atmosphère envoûtante. On se laisse transporter par la poésie et la magie de ce roman éblouissant qui est celui de l’absence et du retour (p56/57). P35 36 37 38 39 40 41 42 44 45 Une pension perdue au bord du monde, des personnages hétéroclites, tous un peu fous, apparemment sans liens : ils ont pourtant des histoires qui se recoupent. On est bouleversé par l’écriture de Barrico et sa vision du monde, sa gourmandise 47 48 51 52 53 à citer des lieux inconnus de chacun ou à distiller des sensations corporelles inédites, à suggérer des fantasmes, des présages ou des malédictions .p 46. 54 55 59 62 71 73 74 79 81 P 85 86 87 Quand j’écrivis « Soie » dit Baricco j’inventai le nom de la petite ville où vivaient les protagonistes en combinant deux noms pris dans un atlas. Cela donna la ville de Lavilledieu. Des années plus tard, le maire d’un village du sud de la France m’écrivit. Ce village s’appelait Lavilledieu. Dans sa lettre, le maire m’expliquait qu’au XIVème siècle, dans ces coin- là, on vivait de l’élevage de vers à soie. Il m’invitait à l’inauguration de la nouvelle bibliothèque municipale. Naturellement j’y suis allé.

« Novecento »

C’est en 2000 que Baricco raconte la vie rêvée d’un artiste hors du commun : Novecento est le nom du personnage principal qui se confond avec sa naissance ; abandonné à l’âge de dix jours dans un carton sur le piano à queue de la salle de bal d’un grand transatlantique contemporain du « Titanic », il est adopté par un marin puis par l’ensemble des matelots. Il va devenir comme par magie un pianiste exceptionnel, un génie capable d’improviser à partir de ce qu’il a entendu de manière fugace, du Bach par ex, d’en composer des variations et d’inventer le jazz. Son histoire est celle d’une passion et ne peut donc que sombrer avec le bateau, qui de berceau se transformera en prison puis en tombeau. La musique est le prolongement émotionnel de ce que les mots ne peuvent plus dire ou provoquer. Elle est un personnage à part entière. Sous la forme d’un monologue poétique, Barrico allie l’enchantement de la poésie aux métaphores vertigineuses

              Monique DEJARDIN

YENTL de Isaac Bashevis Singer

La biographie d'Isaac Bashevis Singer a été rédigée à l'aide de la biographie de Florence Noiville : Isaac B Singer,éditions Stock, 2003


Yentl (1962)

Isaac Bashevis Singer

Singer est souvent vu comme un conteur facétieux, un lutin amusant, le « Chagall » de la littérature juive. Il est cela mais bien plus encore. Il est un conteur en rupture, rupture face à la tradition juive orthodoxe. Ses livres sont aussi un formidable témoignage sur la vie juive d’avant la Shoah. Ses livres ont été énormément critiqués par son lectorat juif et par les intellectuels juifs. Singer est surtout lu et aimé dans les milieux non juifs.

Biographie de Singer

Isaac Bashevis singer est né le 14 juillet 1904 ; bien qu’il soit impossible de vérifier la date exacte car toutes les archives juives ont été détruites pendant la guerre. Singer aurait peut-être inventé la date et après tout quoi d’étonnant pour un romancier de commencer sa vie par un mensonge ? Le père de Singer vient d’une famille de « hassid ». L’un des ancêtres de Singer a même été disciple du Ball Shem tov. Le hassidisme est un mouvement de renouveau religieux fondé au 18 e siècle en Europe de l’est. Les hassidiques insistent sur la communion joyeuse avec Dieu, en particulier par le chant et la danse. Les hassidiques sont des juifs orthodoxes qui refusent le monde moderne. Singer dira de son père « A part le talmud et les questions éternelles rien ne l’intéressait ». Sa mère est plus brillante que le père. Le couple, Singer le dira, est mal assorti, la mère est grande, mince, plate, osseuse comme l’est Yentl (lien évident). Le père est petit et rond. La mère de Singer a appris à lire l’hébreu toute seule, c’est une femme de tête. Singer dira qu’elle « aurait dû être rabbin à la place de son mari ». Singer décrira la maison familiale comme une « forteresse de la pureté juive ». Les parents selon les rites hassidiques traquent le moindre signe de luxe. Les images, les tapis, les tableaux, tout est interdit selon les rites juifs orthodoxes. Le père de Singer tient un beth Din (tribunal religieux) et fait ainsi vivre (modestement) sa famille

Singer, dès l’enfance, mettait l’oreille à la porte du bureau de son père et se passionnait pour les histoires des gens. Le père de Singer (Au tribunal de mon père est inspiré par l’enfance de Singer) y arbitrait les litiges, célébrait les mariages ou les divorces…..

Le père de Singer ne connaissait que le yiddish, il ne connaissait ni le polonais ni le russe que Singer parlera couramment. Singer ne manifestera jamais d’admiration pour son père.

Singer admirera, par contre, toujours sa mère. Ce n’est pas par hasard qu’il prendra comme nom de plume « Bashevis », le prénom de sa mère était » Basheve. « La mère de Singer souffre beaucoup de n’être qu’une « femme au foyer » et elle devient bientôt neurasthénique. Isaac est le troisième enfant, il a un frère ainé Israël Joshua et une sœur ainée, Hindele. Joshua deviendra un écrivain célèbre et Hindele fera des travaux de traduction. Isaac a un plus jeune frère, qui, suivra les traces du père en devenant rabbin. En 1908, la famille de Singer déménage à Varsovie dans la rue Krochmalna. C’est une rue que Singer immortalisera danse ses récits. Dans toute son œuvre et c’est essentiel pour la comprendre, Singer reviendra rue Krochmalna. L’année du prix Nobel en 1978, il dira « je retourne toujours au numéro 10 de la rue Krochmalna. Je me rappelle encore chaque recoin, chaque personnage. Je me dis qu’il y a des gens qui creusent pour trouver l’or que Dieu a créé il y a des millions d’années. Moi, ma mine littéraire c’est cette rue » Chez les Singer, il y a une atmosphère particulière, Singer dira plus tard « A la maison on parlait tout le temps d’esprits des morts qui prennent possession des corps vivants, d’âmes qui se réincarnent dans des animaux, de maisons habitées par des lutins, de caves hantées par des démons » Joshua, le frère ainé d’Isaac, va se rebeller contre les croyances du père. Il lit des livres « hérétiques Il sort, fréquente des jeunes filles, va au théâtre et au cinéma. Joshua a 11 ans de plus qu’Isaac, il va devenir son « modèle », son « mentor ». Grâce à son frère, Isaac va découvrir la physique et l’astronomie. Il va lire la kabbale alors que son père le trouve trop jeune. IL se passionne aussi pour les aventures de Sherlock Holmes de Conan Doyle et surtout grâce à son frère il lit Crime et châtiment à l’âge de 12 ans. Il dira plus tard qu’il n’y a pas compris grand-chose mais il est émerveillé. Toute sa vie il admirera les grands auteurs russes, ses maitres en littérature. La première guerre mondiale et son lot d’atrocités vont plonger Isaac dans le doute face à ce Dieu vénéré par son père. Il se lance dans un vaste programme de lectures avec l’aide de son frère, il veut à travers la littérature et la philosophie trouver « l’explication de la souffrance des gens et de la formation du monde ». Cette question de comprendre la souffrance des hommes le hantera toute sa vie.

La famine et les épidémies sont telles à Varsovie, que la mère de Singer décide de partir dans sa famille à Bilgoray.

La sœur de Singer Hinde Esther vient de se marier et reste à Varsovie. Elle ne sera jamais une simple » femme « au foyer et se fera connaitre par ses travaux de traductrice, mais sa vie privée ne la rendra pas heureuse, elle souffre de troubles anxieux importants. Israel Joshua, qui est marié et a un fils, s’est fait un nom dans les milieux littéraires polonais. Il fait partie de l’avant-garde littéraire, une de ses pièces de théâtre est même jouée dans un théâtre yiddish à New York. Isaac commence à vivre modestement de traductions en yiddish : Zweig, Remarque et aussi des livres érotiques. Il écrit des petits articles pour des journaux mais rien d’important, il reste le petit frère d’Israël Joshua qui lui est considéré comme un véritable écrivain. Dès les années 20, Singer multiplie les aventures féminines. Il se servira de ses expériences dans Le Certificat et dans Un jeune homme à la recherche de l’amour. Mais Singer vit chichement et n’arrive pas à percer, il a souvent faim. La situation politique de l’Europe et l’arrivée du nazisme le désespère si bien qu’il traverse une profonde dépression et songe au suicide. En 1929, il a une liaison avec une femme, Runya, issue d’une famille de rabbins, mais émancipée et communiste. Elle lui donnera son unique enfant, Israël. IL ne s’occupera jamais de son fils qui vivra en Russie puis en Israël. Plus tard son fils participera à des traductions de livres de son père. En 1933, face à la folie nazie, Joshua accepte la proposition qui lui est faite de rejoindre New York avec sa femme et son fils. Joshua est connu en tant qu’écrivain car il a écrit les frères Askenazi, livre qui est en tête des ventes. Runya, la mère de son fils, propose à Isaac de partir avec eux en URSS mais Singer est persuadé que là-bas aussi c’est l’enfer. Singer déteste et détestera toute sa vie, les idéologies en « isme » comme le communisme. En 1935, Isaac rejoint finalement son frère aux Etats Unis, ils ont compris tous deux que c’est l’enfer qui attend les juifs d’Europe. Isaac laisse derrière lui sa famille (son père est décédé), il a l’intuition (et il ne se trompe pas) qu’il ne reverra jamais la Pologne.

A New York, en 1935, il y a 3 millions et demi de locuteurs yiddish. L’arrivée est pourtant rude pour Isaac. Son frère le prend sous son aile et l’aide à travailler dans un journal écrit en yiddish « le Forward «  Malgré cela, il est toujours très mélancolique. C’est alors qu’Isaac rencontre une jeune femme juive allemande, Alma. Alma vient d’une famille aisée totalement assimilée. Elle parle l’anglais couramment est cultivée et ne parle pas un mot de yiddish. Elle est mariée et a deux enfants. Pourtant elle tombe amoureuse de lui et divorce (et laisse la garde des enfants à son mari) pour pouvoir l’épouser. Isaac se marie et est engagé comme rédacteur permanent au Forward pourtant malgré des revenus et une existence stable il n’arrive pas à écrire. En 1943, il est anéanti quand il apprend le sort des juifs en Pologne. Sa culture et son peuple ont été détruits En 1944 son frère ainé, son modèle, Joshua, est terrassé par une crise cardiaque. Et ce malheur va libérer Singer qui dès lors va trouver de l’inspiration et écrire nouvelles et romabs. A 40 ans, c’est un nouveau cycle qui commence pour Isaac ; il écrit la famille Moskat et choisit de l’écrire en yiddish alors qu’il maitrise parfaitement l’anglais.

Il dira : « Les fantômes aiment le yiddish et, pour autant que je sache, il le parlent tous. Je ne crois pas seulement aux démons et aux autres esprits, mais aussi à la résurrection. Je suis sûr qu'un jour des millions de cadavres parlant yiddish se lèveront de leurs tombes, et la première question qu'ils poseront, ce sera : "quel est le dernier livre publié en yiddish ?"

Singer veut aussi, après la Shoah, écrire une œuvre témoin sur un peuple assassiné, il dira ce qu’Homère éprouvait à propos de Troie moi je l’éprouvais à propos de Varsovie. Il l’a dit maintes fois : il n’y a pas d’écrivain sans racines. En 1953, Saul Bellow traduit Gimpel le naïf en anglais. La nouvelle est un triomphe et fait connaitre Singer du grand public américain. Dès lors Singer est lancé, quelques années plus tard, c’est lui qui supervise les traductions de ses œuvres. Il fait une différence entre ses textes écrits en yiddish avec des allusions à la Pologne d’avant-guerre et ses textes écrits pour les lecteurs américains. Il enlève beaucoup de références au monde juif dans ses livres destinés au public américain pour que le public comprenne bien ses livres. Singer a ainsi une œuvre « bicéphale ». A partir de 1950, Singer a un rythme de vie qu’il gardera jusqu’à la fin de sa vie : il ne sort presque plus de son appartement à NY…Il écrit sur des cahiers d’écolier dès 7 h du matin et sort se promener pour nourrir les pigeons. Singer n’est pas du tout un adepte du Nouveau roman, ses nouvelles, ses contes, ses romans doivent avoir une intrigue claire et des personnages. Pour lui la littérature doit être avant tout divertissante. Il dira « la littérature ne peut rien pour le monde, elle ne même pas le rendre pire »

Jusqu’à la fin des années 50, Singer gagnera mal sa vie. Sa femme devra travailler chez un encadreur pendant plusieurs années

Singer connait le succès en Suède, en Allemagne, en Italie. Elizabeth Shub , l’une de ses traductrices le convainc d’écrire des contes pour enfants. Ce sera Zlateh la chèvre ou les contes des 3 souhaits. Singer adore écrire pour les enfants surtout parce « les enfants sont les meilleurs juges, ils se moquent des critiques et de la psychologie ». A 60 ans, Singer est enfin heureux. Le 5 octobre 1978, il obtient le prix Nobel de littérature.

Il est le premier écrivain de langue yiddish à obtenir le Nobel. A la Sorbonne un hommage lui est rendu, hommage présidé par Jean D’Ormesson. Singer donne des conférences,  fait des lectures sur son œuvre un peu partout aux US. A 80 ans, il est une sorte de mythe vivant.

En 1984, les médecins diagnostiquent qu’il souffre de la maladie d’Alzheimer. Il perd peu à peu la mémoire, un comble pour lui car toute son œuvre est basée sur la mémoire, il arrête d’écrire. En 1986, sa femme l’emmené vivre en Floride pour la douceur du climat. . Il fait plusieurs hémorragies cérébrales puis on lui diagnostique un cancer du côlon. Il meurt en juillet 1991 en Floride

Yentl, the yeshiva boy, est une nouvelle publiée en 1962. Edition étudiée : édition Stock Elle met en scène une jeune femme, Yentl, qui a étudié le talmud, en cachette avec son père, un hassid. Elle vit en Pologne au début du XX siècle, monde dans lequel Singer a grandi. Yentl est d’emblée présentée comme différente car elle a le physique d’un homme et « l’âme d’un homme « page 10. Elle dit elle-même (page 36) qu’elle n’est « ni homme ni femme » A la mort de son père, Yentl refuse de se marier et d’avoir le sort réservé aux femmes à l’époque. Elle va couper ses nattes, s’habiller comme un homme et prendre le nom d’un oncle décédé, ’Anshel. Ainsi déguisée, elle part étudier dans une Yeshiva (école talmudique) à Bechev et tombe amoureuse d’un jeune homme Avigdor, fiancé à une autre jeune fille, Hadass. Mais les fiançailles entre Avigdor et Hadass ont été rompues pour une raison que le lecteur connaitra plus tard. Avigdor considère Anshel (Yentl) comme son meilleur ami et va le pousser à se fiancer avec Hadass. Tandis qu’Avigdor va épouser une veuve, laide et méchante car il lui « faut absolument « une femme », Anshel (Yentl) va épouser la jolie Hadass et tromper Hadass et la communauté juive. Il y a quatre personnages dans la nouvelle : Yentl, Avigodor, Hadass et Peshe. Comme toujours chez Singer, la sexualité est abordée franchement. Avigdor finit par épouser Peshe en disant qu’il aurait pu « épouser une chèvre « tant il est tourmenté par le désir. La trahison est permanente dans la nouvelle Yentl. Yentl trahit la communauté juive en se faisant passer pour un homme mais elle trahit aussi Dieu. « Yentl comprenait maintenant que la Torah interdit de porter des vêtements de l’autre sexe. En agissant de la sorte, on ne trompait pas seulement les autres, mais soi-même »page 29 On parle souvent du diable dans la nouvelle : « A plusieurs reprises, Anshel fut près de fuir Bechev pendant qu’il en était temps encore et de mettre fin à cette farce inouïe qu’on aurait plus facilement attribuée à un diablotin qu’à à un être humain «  page 28 Hadass est amoureuse d’Anshel (Yentl). . Anshel (Yentl) va profiter d’un voyage pour montrer à Avigdor qu’elle est une femme. Avigdor est en fait aussi tombé amoureux de Yentl, il pense qu’il aurait pu l’épouser (page 36) mais Yentl refuse cette idée. «  Un grand amour pour Anshel s’éveillait en Avigdor, mêlé de honte, de remords et d’angoisse » page 38 Yentl est une nouvelle dans laquelle les personnages sont animés par une passion dévorante, passion de Yentl pour les livres, passion d’Avigdor pour Hadass puis passion d’Avigdor pour Yentl….L’œuvre de Singer parle toujours de la passion. Singer disait que « même si un être humain est stupide, il est riche en émotions. « Trio amoureux : Yentl, Avigdor, Hadass…. Yentl se termine de façon « triste » : Yentl part et les mariés ne sont pas heureux car Avigdor aimait Yentl et Hadass l’aimait aussi. Nouvelle de l’incertitude comme toute l’œuvre de Singer. Nouvelle qui parle aussi de la place réservée aux femmes dans le judaïsme. Yentl est la femme dont rêvait Avigdor , une femme « dont l’esprit n’aurait pas été enlisé dans de sordides préoccupations matérielles » page 38.

Yentl est un film musical de et avec / Barbra Streisand sorti en 1983. Barbra Streisand a reçu le golden globe du meilleur film de comédie musicale et aussi du pire acteur des Razzie Awards.

Singer n’a pas aimé le film qu’il a trouvé trop éloigné de la nouvelle.

Barbra Streisand a passé plusieurs années à travailler sur ce projet c’est son premier film en tant que réalisatrice. Elle avait 41 ans quand le film est sorti on le lui a reproché car dans l’histoire Yentl est une toute jeune fille de moins de 20 ans. Le film est moins « progressiste » que le livre, Yentl est beaucoup plus éprise d’Avigdor dans le film que dans le livre. Dans le livre Yentl refuse d’épouser Avigdor. Dans le film, il manque le personnage de la veuve Peshe et on a deux mariages celui de Yentl(Anshel)/ Hadass et celui qu’on ne voit pas de Hadass/ Avigdor. Le garçon qui nait de ce mariage (nommé Anshel) n’apparait pas dans le film . Dans le livre, Avigdor est désespéré d’avoir perdu Yentl ce qui n’est pas le cas dans le film. Fin différente entre le livre et le film. Dans le film, Yentl part (probablement en Israel ?) et Hadass et Avigdor sont heureux….dans le livre Hadass et Avigdor sont malheureux car tous deux sont amoureux de Yentl.

                                                     Isabelle Hazan Vollant

Programme 2015-2016

Villiers sur Orge: le 15 Juin 2015 Chers amis ,

Voici la liste des ouvrages proposés pour l’année 2015 -2016 :

Le 13 Octobre 2015 Daniel Keyes Des fleurs pour Algernon Poche/J'ai lu Le 10 Novembre Robert Van Gulik Les enquêtes du juge Ti- Poche Trafic d'or sous les Tang Le 8 Décembre Isaac Bashevis Singer Yentl et autres nouvelles Editions Stock Prix Nobel de littérature 1978 bibliothèque cosmopolite Le 5 Janvier 2016 avec la galette des rois: Miguel De Cervantes Don Quichotte Tome 1 Livre de poche 31419 « le curieux mal avisé » William Shakespeare Le conte d'hiver Editions de Minuit

Le 9 Février Erich Maria Remarque A l'ouest rien de nouveau Poche/lgf Le 15 Mars Joseph Conrad Lord Jim Poche/lgf Le 5 Avril

Benjamin Constant	                   Adolphe			Poche/librio

Le 10 Mai Patrick Modiano L'herbe des nuits Folio 5775 Prix Nobel de littérature 2014 Jean d'Ormesson Comme un chant d'espérance Editions Héloïse d'Ormesson de l'Académie Française Poche/Gallimard Nov. 2015 Le 7 Juin Alessandro Borrico Soie Poche/Gallimard « Un livre est une fenêtre par laquelle on s'évade. »

                                                                     Julien Green

Le comité de lecture Nos réunions-débats se déroulent à partir de 20h30, les mardis indiqués ci- dessus, à la salle Suzanne Simon, au centre de Villiers, en face de la boulangerie.

Blog internet: www.lire-ensemble.fr

Association loi de 1901 Siège social: Hôtel de ville, 6 rue Jean Jaurès, 91700 VILLIERS SUR ORGE

La statue de sel (1953) Albert MEMMI

La statue de sel, 1953

Albert Memmi

Memmi est qualifié par beaucoup d’auteurs du Maghreb comme le plus grand écrivain tunisien de langue française. L’œuvre de Memmi a été traduite dans une vingtaine de pays, il a obtenu de nombreux prix littéraires dont celui de l’Académie française et le Grand Prix littéraire du Maghreb. On lui doit les concepts d’héterophobie et de judeite. Ses définitions du racisme et de la décolonisation ont été adoptées par l’encyclopedie universalis.

La statue de sel est un livre clef, fondateur pour les juifs sépharades. Petit historique sur les juifs de Tunisie

Il est difficile de dater précisément les origines de la présence juive en Afrique du nord. Selon certains historiens ce seraient des juifs qui auraient quitté la Palestine après la destruction du premier temple par Nabuchodonosor en 587 avant JC. Certains berbères se seraient convertis au judaïsme ce qui explique la présence de juifs berbères. (La mère du narrateur est une juive berbère) Les chrétiens et les juifs se voient imposés par les musulmans le statut de « dhimmis ». Ils sont des citoyens de seconde zone car ils n’ont pas accepté la révélation de Mahomet. Citons quelques interdictions pour les dhimmis : ils ne peuvent pas se marier avec un musulman ou une musulmane, ils payent des imports spécifiques, ne peuvent accéder aux fonctions politiques. Les communautés juives sont souvent très pauvres et vivent repliées sur elles-mêmes. Au XV e siècle, arrivée des juifs d’Espagne chassés par les rois catholiques. Conflit entre les touensas (juifs autochtones) et les granas (juifs d’Espagne). Les granas forment une sorte d’aristocratie. Les deux parents de Memmi sont sans doute des juifs autochtones. Après la conquête de l’Algérie en 1830, la France cherche une implantation en Tunisie. Le 18 mai 1881, Saddok Bey, le bey de l’époque signe le traité de l’établissement du protectorat : c’est le traité du bardo. La France par le décret Crémieux a naturalisé les juifs algériens en 1870. Avec l’arrivée des français, on vit mieux dans les ghettos notamment dans la hara de Tunis. Les juifs sont très majoritairement favorables au protectorat français. Le pouvoir français apporte aux juifs une meilleure sécurité pour les biens et les personnes. La langue française devient la langue à acquérir, celle de l’ascension sociale. Les parents qui sont passés par l’école française ne transmettent plus le judéo arabe à leurs enfants. Judéo arabe : langue du quotidien, moins complexe que l’arabe littéraire, arabe mêlé de termes hébreux et aussi italiens. Les écoles traditionnelles, talmud torah et yeshivot pour les garçons sont abandonnées par les juifs de Tunisie au profit des écoles de l’Alliance Israelite universelle (crée en 1878 à Tunis). Les Ecoles de l’Alliance font du français la langue de l’enseignement. Naissance d’une littérature juive de langue française. Les écrivains sont majoritairement des enseignants ou des élèves de l’école de l’alliance israélite universelle.

Brève biographie de l’auteur

Albert Memmi est né en 1920 dans le ghetto ou quartier juif de Tunis : la hara. Son père est bourrelier, sa mère est analphabète. Il est le second, et le premier garçon d’une famille de 13 enfants. Il n’apprend le français qu’à l’âge de 7 ans. Il est formé à l’école de l’alliance israélite universelle puis grâce au système de bourse de l’école de l’alliance israélite universelle, il rentre au prestigieux lycée Carnot de Tunis. IL y a deux pères spirituels parmi ses professeurs : Aimé Patri qu’il nomme Poinsot dans le roman et Jean Amrouche, Marrou dans le roman. A l’adolescence, il devient sioniste, et milite au sein de l’Hachomer hatsair. En 1939 il a un prix d’honneur en philosophie et obtient son bac. Il abandonne sa première vocation, devenir médecin, pour choisir de faire des études de philosophie, ce qui créera un profond différend avec son père. La guerre lui rappelle son appartenance au peuple juif alors qu’il est athée depuis de nombreuses années. Par solidarité avec ses camarades juifs, il demande à aller en camp de travail (alors qu’il aurait pu ne pas y aller grâce à son statut d’intellectuel). La dureté des camps de travail le marquera. Après la guerre, il reprend ses études de philosophie et de sociologie à Alger puis à la Sorbonne A Paris, il rencontre une jeune femme catholique originaire de Lorraine et ils se marient.

Dans ce Paris, au lendemain de la guerre, Memmi est seul…il commence à écrire pour des journaux tunisiens. Sur les conseils de Jean Amrouche, il se met à écrire. Memmi et sa femme partent vivre et enseigner à Tunis. Deux enfants naissent de ce mariage. Memmi devient professeur de français et de philosophie au lycée Carnot à Tunis. Sa femme enseigne l’allemand. La Statue de sel, son premier roman est largement autobiographique. Merleau- Ponty dit qu’il s’agit du livre d’un « écorché vif ». En 1955, Memmi fait la connaissance d’Albert Camus. Camus, de par ses origines, est attentif aux auteurs du Maghreb. Camus accepte de préfacer l’édition américaine du roman. Cette préface sera reprise plus tard pour l’édition française. En 1956, Camus et Memmi s’opposent. Memmi décrit Camus comme « un colonisateur de bonne volonté ». Camus meurt en 1960 sans que les deux hommes aient renoué.

En Tunisie Memmi devient un membre du journal l’Action fondé par Bourguiba. Il milite pour l’indépendance de la Tunisie, mais il comprend très vite qu’il n’y aura plus de place pour les juifs une fois l’indépendance obtenue. Il écrit en 1957 son essai le plus célèbre Portrait du colonisé avec la préface de Sartre. Ce texte devient un ouvrage de référence majeure dans le cadre des luttes anticoloniales. Cet ouvrage, préfacé par Sartre, a un grand retentissement et rend Memmi célèbre dans le monde entier. En 1970, Memmi devient maitre de conférences à l’université de Nanterre. Il poursuit ses travaux sur la domination, le racisme et la dépendance. Il a dirigé la première anthologie des écrivains maghrébins d’expression française en 1964. IL poursuit une carrière de romancier, d’essayiste et d’universitaire. En 2004, il publie un Portrait du décolonisé quarante après le portrait du colonisé, portrait sans concession de ce que les ex colonisés ont fait de leur indépendance.

Brève étude du roman

Evidemment cite le passage ou dans la bible la femme de Loth se retournant est changée en statue de sel. L’auteur risque-t-il d’être changé en statue de sel en regardant son passé ? La statue de sel est un roman cyclique inabouti. Le livre s’ouvre et se clôt sur un chapitre intitulé l’Epreuve. Le narrateur au lieu de répondre au sujet de son examen, rédige un bilan de sa vie. Entre ses deux chapitres, la Statue de sel raconte une tranche de vie de vingt ans.20 années marquées par une succession de refus violents. « Le souvenir ordonne le passé, plus tard il m’apparut que ma vie ne fut qu’une suite de ruptures de plus en plus graves. « page 290. La statue de sel est un roman d’apprentissage. Roman en trois parties : 1 page 17 à 104 : l’enfance dans le quartier juif de Tunis 2 pages 104 à 253 : le lycée et l’essai de l’entrée dans le milieu bourgeois 3 pages 253 à la fin : le monde « L’écriture m’a sauvé » dit Memmi dans une interview, « sans elle je me serais probablement brisé ».Passage sur le pouvoir salvateur de l’écriture dans La statue de sel page 123. Au début du livre, fierté d’Albert Memmi d’appartenir à l’impasse, rue qui est à la lisière du ghetto mais pas tout à fait dans le ghetto. Fierté d’être le fils du patron même si c’est un petit artisan avec un employé. Bonheur du shabbat, topos de la littérature juive. Première rupture : il réalisé qu’il est pauvre. (il porte les vêtements des autres) Deuxième rupture : il perd son unité fondamentale, en abandonnant à l’école le judéo arabe Troisième rupture : Coupure d’avec sa famille, il découvre la culture de la petite bourgeoisie quand il entre au lycée Carnot. Le personnage principal porte en lui sa fêlure «  Toujours je me retrouverai Alexandre Mordekhai Benillouche indigène dans un pays de colonisation, africain dans un monde où domine l’Europe » passage le plus célèbre du livre. Coupure avec ses camarades de lycée qui appartiennent à la petite bourgeoisie. Autre rupture, il refuse les rites de la communauté juive de Tunis. Livre intéressant car retrace les coutumes et les croyances des juifs de Tunisie. Pour supporter toutes ces ruptures, il se met à écrire. IL se passionne pour la littérature et la philosophie, il est le seul de sa classe à bien comprendre Racine (page 128) Le héros est déchiré entre Orient et Occident. Plus tard, l’attitude de la France de Vichy le déçoit. Occupation de la Tunisie par les allemands du 9 novembre 1942 au 8 mai 1943. « J’avais refusé l’orient et l’occident me refusait écrit-il » Réception de l’œuvre Le livre va causer de vives réactions en Tunisie, il déplait à la communauté juive tunisienne. Memmi reçoit des lettres d’insultes anonymes et se demande s’il ne doit pas abandonner l’écriture. Memmi continue à écrire et va devenir plus optimiste et moins intransigeant dans son œuvre. Conclusion L’œuvre de Memmi tient une place importante en France et dans les pays du Maghreb. Ces premiers romans sont violents mais ces derniers ouvrages le Pharaon ou le nomade immobile montre que le bonheur l’a emporté.

Pour en savoir plus sur les juifs de Tunisie : Histoire des juifs de Tunisie, Paul Sebag, l’Harmattan, 1991 Les juifs de Tunisie images et texte, ouvrage collectif, biblieurope, 1997

                                                                               Isabelle Hazan Vollant

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